on m'a demandé d'écrire un pamphlet, et du coup j'ai pensé à la mort, car je ne veux pas mourir, et je trouve qu'il y a trop de gens qui veulent la mort, car ils la veulent forcément, puisqu'ils ne disent rien, qu'ils disent que c'est ainsi, c'est comme ça, il faut faire avec, il faut bien vivre avec ça, comme si c'était une charge, comme si on avait la charge de la mort en permanence dans la vie, comme si la vie c'était montrer qu'on est mort, car en effet c'est un peu ça, on est continuellement mort dans la vie, en tout cas ceux qui vivent la plupart du temps meurent d'avoir été trop morts, ils sont dans la vie, en plein milieu, et c’est pourtant là qu’ils trouvent le moyen de mourir, car ils ont trop chargé la mort, comme on charge la mule, ils ont été chargés dès la naissance de se charger la mule avec cette idée, c'est-à-dire de faire avec, de s'accommoder de l'idée qu'ils allaient mourir, mais on ne peut pas s'accommoder avec la mort, en permanence s'acoquiner, c'est impossible de faire avec, encore moins contre, tout le monde vous le dira, vous ne pouvez pas faire contre la mort, cependant nous avons décidé d’aller contre la mort aujourd’hui, car sinon on ne vit pas, comment vivre si on ne peut que s'affaisser devant le fait très certain que nous allons mourir, nous allons mourir mais il ne faut pas s'affaisser devant ce fait très certain, il faut juste dire que cette fois on ne nous aura pas, ni aujourd'hui ni demain, il n'y a pas à profiter de la vie pour autant, tous les jours se dire que nous avons de la chance et qu'il faut en profiter, tous les jours s’estimer heureux en se disant, estime-toi heureux, tu es vivant, ce n’est pas donné à tous le monde, nous n’avons aucune estime ni pour le bonheur ni pour nous-mêmes, nous ne pouvons nous estimer que si nous ne voulons pas profiter de la vie, nous nous foutons pas mal de la vie, nous sommes noirs, nous sommes morts, une bonne partie de nous-mêmes est déjà cuite, tout est cuit en nous, sauf la vie, le maigre petit butin sur l'anéantissement de tout notre être pour des millénaires, nous nous foutons pas mal de l'éternité, car nous vous chions de l'éternité tout les jours, oui tous les jours nous pouvons vous chier de l'éternité messieurs dames, et pour des jours et des jours nous vous chierons de l'éternité, pour des jours, des mois, des années, pour des années et des années entières, des années entières d’éternité toutes rentassées en nous et qu’il faudra sortir, vous peindre la face avec, et nous n’auront aucun remord, car nous n'avons aucune espèce de regret sur notre pauvre vie, nous avons une petite vie, une petite misère, tout le monde à sa petite misère, et il dort avec, il en fait des boulettes de sa petite misère, de son petit soi miséreux comme une loque, il dort dessus comme sur une boulette, sur cette loque, son misérable égo, le portrait propret de sa petite personne qui ressemble au bel étron de l'existence qu’il fabrique, toutes les familles vous fabriquent comme ça, elles vous font loques, c'est-à-dire qu'elles vous façonnent un bel étron pour votre existence, et vous devez être fiers, et vous devez vous fier à la fierté, mais nous avons décidé une bonne fois pour toute de dire merde à l'existence, c'est-à-dire aux étrons, c’est-à-dire à toute famille, à tout rassemblement humain pour se tenir chaud, il n’y a que dans la merde que ça tient chaud, il n’y a que dans une couche bien épaisse de merde que toute famille s’épanouit, mais il n'y a pas à s’épanouir, c’est-à-dire à se tenir chaud, il y a à dire que nous refusons la mort bec et ongle et qu'ils ne nous auront pas, nous ne sommes pas des poètes voués à la mort, n'avez-vous jamais entendu toutes les bonnes personnes qui vous entourent, vous dire que vous serez connus quand vous serez mort ? C'est la logique même, car nous sommes dans des familles de logiciens, ils savent tout, ils connaissent votre passé, votre futur, vous ne pouvez rien leur apprendre, vous ne pouvez rien leur dire qu'ils le savent déjà, ils connaissent l'heure de votre mort, mort en parfait inconnu disent-ils, ils disent ça car ça les arrange que vous mourriez en parfait inconnu, après vous pourrez appartenir à qui vous voudrez, après vous faites comme bon vous semble, vous êtes libre comme l'air après, la famille vous libère enfin, c'est pour ça qu'ils affirment que vous serez connu bien après votre libération, c'est-à-dire votre mort, car ils vous veulent tout le mal possible, et le mal possible c'est qu'on vous rattrape après, que le sort s'acharne sur vous, c'est-à-dire que vous soyez connus, que vous creviez et que votre œuvre vienne vous cracher à la figure une fois mort, car toute œuvre vient cracher sur le portrait même de son ouvrier, alors que lui, ce qu'il voulait, c'était lutter, et il s'est fourbi des armes pour se battre contre la mort, qu'est-ce que vous avez à contempler ses armes, vous admirez ses outils ou ses misérables traces contre la mort, mais c'est lui qui a baissé les bras, tous les artistes sont des types qui ont manqué de bras face à l'existence, tous les artistes ont raté leur vie, déjà parce qu'ils n'ont pu faire autrement que se trouver une famille et naître dedans, et ça si c'est pas déjà vouloir rater sa vie, si c'est pas déjà avoir une toute petite idée de soi-même, c'est déjà avoir un petit soi qu'on raboulotte et qu’on range, qu'on plie et qu'on oublie dans la poche de son veston, c'est une image certes, mais c'est un peu ça naître, c'est s'oublier dans une poche de veston ou de pantalon, « on m'a demandé d'écrire un pamphlet contre la mort, mais je ne vais pas m'en sortir vivant ! », voilà ce que j’ai pensé à l’instant même et voilà ce que dirait n’importe quel artiste normalement constitué, c’est-à-dire n’importe quel artiste une fois mort, tous les artistes sont des gros déçus de l’existence, car l'existence est une saloperie contractée dès le plus jeune âge, à la naissance même, on aurait pu choisir de ne pas exister dans l'existence, celle qu'on nous règle, car on nous a réglé notre compte dès la naissance, déjà en nous collant tout un tas de souvenirs, c'est les souvenirs qui règlent dans un premier temps l'existence, et les souvenirs arrivent très tôt, dès la naissance on vous gave de souvenirs, car sinon à la naissance on n'est rien, et on ne se souvient de rien, c'est juste après que viennent les complications, ou même pendant, c'est pendant le même temps du rien qu'on vous rempli de souvenirs, vous êtes gavés dès que vous êtes nés, on rempli le vide de vous-même, mais c'est vous qui le faites, vous vous gavez vous-mêmes, on vous apprend ça très vite, à se remplir par tout un tas de bazars qu'on appelle les souvenirs, si on n'avait pas les souvenirs on se souviendrait de tout, c'est-à-dire qu'on se souviendrait déjà qu'on se souvenait de rien, qu'à la naissance il n'y avait rien et qu'on aurait mieux fait de continuer ainsi, de poursuivre sa route et de ne pas se remplir des choses inutiles de l'existence, et la chose inutile par excellence c'est le souvenir, le souvenir qui est une sorte d'entassement, on tasse et on rentasse toute une somme de virus pour la vie entière, et c’est la mémoire qui emmagasine tout ça, nous ne devrions plus nous souvenir de rien, et la vie apparaîtrait à nous-mêmes sous un jour neuf, comme une jeune fille, tous les jours une nouvelle jeune fille, un air neuf, tous les jours nous serions cet air neuf, nous réglerions les choses plus tard, plus tard l’addition ! plus tard nous verrons, il sera bien temps de se remémorer, il sera bien temps, le jour où je ne saurai plus écrire par exemple, ce jour-là par exemple, le jour où il faudra dicter à quelqu’un ma mort, le jour où il faudra lui dire, je voudrais revenir sur mon lit de mort s’il vous plait, puis-je revenir à l’endroit même de ma mort, s’il vous plait, car je sais où il se fourre, l’endroit de ma mort, c’est le même endroit où je suis né, tout à fait le même, il n’a pas bougé, rien n’a bougé d’ailleurs depuis que je suis soi-disant en vie, rien n’a bougé là-dedans, la mort est fourrée au même endroit, nous sommes des nostalgiques dans la famille, nous nous nourrissons des mêmes choses, nous avons faim et soif des mêmes événements et nous les reproduisons car nous voulons au plus tôt être enterrés, enterrés dans les souvenirs, comme recouverts par la paperasse, couverts de paperasse et jamais ça ne fera le compte malgré tout, il faudra sans arrêt y revenir, réfléchir à quel moment nous avons su le mieux mourir dans notre vie, quel est le moment où vous avez su le mieux mourir dans votre vie ? C’est ça qu’on doit se poser comme question, plus que jamais, personne ne se pose ce genre de question, vous pourrez fabriquer tous les chefs d’œuvres que vous voulez, vous mourrez, mais en plus de ça on vous fait bien sentir, avant de mourir, que vous gênez, rien qu’hier par exemple, dans la rue, au sortir d’une librairie, une amie de longue date m’a dit de me taire, qu’elle en avait marre de voir ma tête en face d’elle et éructer, il faudrait déjà faire de la place, il serait temps, je ne vous laisserai aucune place, j'ai quarante-quatre ans et je fais déjà chier le monde, je vais marquer ça sur mon c.v, à quarante-quatre ans il faisait déjà chier son monde, et il ne bougea plus d’un iota, ne comptez pas sur moi pour continuer, moi c’est moi, ça persévère, car il n’y a pas d’autre moi que moi, et je suis comme tout le monde, une personne comme les autres, ni meilleure ni pire. je suis moi, j’essaie de faire au mieux, je fais pas pire, c’est moi et y en n’a pas cinquante, y a pas cinquante moi, y en a qu'un, ou alors il y a d’autres moi, il y a plus de cinquante moi sans moi, et c’est pas la fête, même l’autre jour à la saint parfait, avec tous les plus de cinquante moi et moi, et c’est ça qu’on nomme la différence, car on ne peut pas écouter un moi sans mettre en danger autre, l’autre et son moi, c’est pourtant la chance de la différence, de pas être tous pareil, d’avoir un moi séparé pour écouter l’autre moi parler, mais l’autre moi qui parle met en danger moi, car moi aussi j’ai a parler et si je l’écoute tout le temps ça finit par tuer toute tentative d’être moi, car tout ce qui est moi pue la mort, le chien crevé, vous puez le chien sous la pluie avec votre existence, vous ne savez pas à quel point le monde se fout pas mal de l’existence, la vôtre, la mienne, la sienne et pour l’éternité, vous n'avez gagné qu’une seule chose dans la vie, c’est qu’on vous oublie, vous êtes vos propres oubliettes, vous avez gagné le seul droit à ce qu’on vous oublie pour toute une éternité, ça fait une paye l’éternité, et ça ne fait que commencer, pour vous comme pour moi, j’ai quarante-quatre ans et j’ai encore l’éternité devant moi, toute une éternité à me bien faire oublier alors ne vous inquiétez pas, ça sera bientôt votre tour, l'histoire ne va pas vous louper, l'histoire de l'éternité, elle ne va pas vous oublier, de toute façon vous êtes mal barrés, car tous les humains sont des produits finis, déjà rien qu'avec leur parole, ils sont des produits reproductibles, rien qu'avec des machines ils se reproduisent, un jour les humains accoucheront de vraies machines, avec leur parole, car leur parole est déjà machinale et pas machinante, leur parole ne vaut plus rien, c'est déjà foutu pour l'humanité à cause de cette langue d'injonction et de communication, cette langue de propagation et d'interdiction, cette langue d'ordonnancement et de divulgation, cette langue de parloir de prison, cette langue d'interrogatoire et de procédures, cette langue d'empêchement et qui nous lance des ordres pour nous préparer à la guerre, car à force on s'habitue à obéir pour le jour où il y aura la guerre, on aura la langue qui faut pour aller se tasser dans les trous, se murer dans nos maisons et obéir comme des chiens, et ne dites pas que je fais de la poésie politique, je ne fais pas du tout de poésie politique, je fais dans la rage, je ne vais pas vous citer tel président, reprendre les déclarations d'un ministre ou vous parler comme dans les magazines people, je ne vais pas pratiquer le détournement pour faire plaisir à la fac, car maintenant l'art engagé est bancable à la fac et aux beaux-arts, les techniques contemporaines de l'art sont bancables, même la critique est bancable, alors que la poésie ne peut pas être bancable, elle reste bancale la poésie, parce que les écrits c'est des coups de sang, c'est de la rage en paquet, avec la bave qui sort et du chant par dessus, un bon coup de chauffe dans la tête, une bonne grosse claque à l'intelligence, car tout est intelligent aujourd'hui, alors que l’intelligence est ce qui manque le plus, l’intelligence nous a été donnée en trop petite quantité, on ne nous a pas donné l’intelligence en fait, on a fait semblant de nous donner un bout d’intelligence, il ne faut pas en vouloir à l’homme de prendre la femme pour un bout de viande, certains rigolent de ça, car ils sont au-dessus de ça, ils ont la bonne morale, ils marchent droit dans la bonne morale, attention a la merde sous le pied cependant, tôt ou tard la morale fait faux bond, et alors on pense que toutes les femmes prennent les hommes pour des idiots, il n’y a pourtant pas à rigoler de l’espèce humaine de la sorte, elle fait ce qu’elle peut l’espèce humaine, elle est avec ses désirs les plus bas, elle se marche dessus, elle s’essuie le bas ventre avec ses désirs l’espèce humaine, c’est navrant, c’est tout ce qui lui reste, on lui a fait croire qu’elle avait quelque chose à faire avec son cerveau, mais l’intelligence ne lui a jamais été donnée complètement, de plus on nous enferme dans le savoir remâché par les générations, on passe le plus clair de notre vie à apprendre ce que tout le monde sait déjà et qu’il n’est plus nécessaire de savoir, le savoir est dilué de telle sorte qu’il est sans saveur, il n’y a aucun intérêt pour un homme de vivre, car vivre c’est vraiment expérimenter le vivant et forcer le savoir, c’est-à-dire lui rentrer dedans, c’est-à-dire de forcer la couche épaisse qui recouvre chaque question, il faut gratter des épaisses surfaces juste en enfonçant ses doigts dans la matière grise, c’est tout ce qu’on nous a donné, des petits doigts, des petites questions à gratter, comme des numéros gagnants toujours perdants, il faut forcer le peu de pensées qu’on nous donne, il faut enfoncer sa tête dans l’air, comme si enfoncer sa tête dans l’air donnait quelque chose, enfoncer sa tête dans l’air ne donne rien, l’air n’a rien à nous donner, l’air est juste là pour nous polluer l’existence, car on nous fait aussi croire que l’air et la terre sont notre plus grand trésor, alors qu’en fait l’homme n’a jamais pu supporter ni la terre ni l’air ni tous les trésors navrants de la nature, il a tout fait pour fuir la vie telle qu’on l’entend, la vie pour lui aurait pu justement être l’intelligence, elle aurait définitivement remplacé l’air et la terre, mais l’homme ne s’est rien donné à lui-même, aucun trésor enviable, il est resté démuni contrairement à ce qu’on pense, il est resté parmi ses semblables, ses semblables ont fini par lui faire la peau, car tous vos semblables vous court sur le haricot un jour ou l’autre, n’importe quelle personne normalement constituée, vous pensez que non au début, au tout début de vous-mêmes vous pensez que vous vous y ferez, vous vous y ferez à vos semblables, il suffit de se boucher un peu le nez, c’est tout, on n’a juste besoin de se passer un instant de respirer, prendre son haleine ailleurs, mais toutes les haleines se valent, même la sienne d’haleine vous court sur le haricot, c’est la vérité même, et la vérité même c’est ce qui nous porte le plus au cœur, la vérité est une sorte d’écœurement, plus c’est vrai plus s’en est écœurant, comme la science, la science est le creuset du vrai, mais la science n’est là que pour prouver que l’homme s’est réfugié dans la bêtise et non l’intelligence, la science est l’exacte mesure de la bêtise crasse de l’homme, ce n’est pas avec la science qu’il aurait pu s’en sortir, on le voit bien d’ailleurs qu’il ne s’en sortira pas, il ne sortira jamais de sa petite classe où il a docilement appris ses tables de multiplications, il n’a rien appris d’autre, rien qu’à multiplier la crasse, cette épaisse couche de morale qui recouvre tout savoir, cette morale risible et remplie de bêtise, cette bêtise qui est devenue un savoir à part entière, car la bêtise prend ses distances et ça s’appelle l’ironie, tout est dans l’ironie c’est-à-dire la bêtise crasse de l’intelligence moyenne d’aujourd’hui, tout est bien posé aujourd’hui, bien mené, tout est bien dit, senti et bien emmerdé d'emmerdements, on s'emmerde à cents sous de l'heure dans la vie d’aujourd’hui, parce qu’on s’emmerde à cent sous de l’heure aussi dans la science, mais aussi dans la poésie, dans l'art, dans la philosophie, dans tout ce qui est contemporain on s'emmerde souverainement, car on n’affronte aucun problème, on sourit, on reste distant, on ne prend plus le risque de s’enfoncer en société, le risque de se ratatiner et d’affronter justement le problème du corps, et affronter le problème du corps c’est affronter la mort, car le vrai problème est que les corps s’entassent, qu’ils veulent ça, l’entassement, que les corps se rassemblent et puent, c’est le véritable problème de la nuit qui nous guette avec la promesse de l’entassement, on reste coincé dans le corps, plus moyen de sortir, plus moyen de dégager un bout d’existence, le problème d’aujourd’hui est que les artistes n’ont rien sauvé de leur existence à part des œuvres, mais les œuvres montrent la mort, leur mort totale, le problème de maintenant c’est que pas un seul artiste n’a réussi à survivre à l’existence, et donc ce n’est pas un problème d’aujourd’hui, c’est le problème de tous les temps et qui revient à nos gueules peintes du jour, gueules peintes de la veille et pour le jour entier, gueules de traviole et peintes en un coup de pinceau, une bonne surface bien niaise et bien épaisse, pas un seul dans toute l’histoire du jour, et l’histoire du jour c’est l’histoire d’hier avec, tous les jours ont échoué, vous pouvez me croire ou non mais c’est vrai, il n’y a pas un seul artiste qui a vécu sous son bon jour, c’est-à-dire qui a survécu à la vie et à son existence, il n’y a pas d’œuvre, il n’y a que l’ordre des spectateurs qui semble nous survivre, l’ordre suprême pour l’oubli de soi et où l’homme se prosterne devant son spectacle, et c’est l’institution des artistes, c’est-à-dire l’ordre des spectateurs qui s’est inventé pour que l’homme se tienne bien tranquille, alors que chaque personne du public qui rentre au spectacle devrait rentrer avec tous ses problèmes, et notamment celui qui est que son corps l’entasse, que son corps à décidé l’entassement de lui-même depuis qu’il est né, depuis sa naissance le spectateur est dans un corps et ce corps est son étouffement, depuis que nous sommes nés nous sommes destinés au spectacle de notre pourrissement dans un corps, le corps est un enfermement, et c’est l’un des premiers problèmes qui devraient secouer toute personne entrant à l’œuvre, il faut rentrer dans l’œuvre avec tous les problèmes liés à l’existence, tous les problèmes quotidiens, il ne faut pas tomber la veste des problèmes quotidiens, il faut les poursuivre, les désigner, les faire cracher au bassinet, et aussi dénoncer le simple fait que lui aussi, l’artiste, est mort avant l’œuvre, lui aussi, l’artiste, il va se retrouver coincé dans un corps, le souffle écrasé par des organes, comment après s’agenouiller devant l’artiste, c’est-à-dire s’asseoir et l’écouter patiemment alors que de tous les temps nous ne pouvons observer chez lui le moindre pourcentage de réussite face à la mort, tout le monde doit rentrer avec ses problèmes, tout un chacun rentre ici avec ses préoccupations les plus diverses, sa vie la plus diversifiée, tout un chacun doit être vraiment en lieu concerné et non au spectacle, à ce moment-là nous ne glissons pas dans l’imposture, nous ne sommes pas dans les postures, nous sommes concernés tout autant que l’artiste par les problèmes de la vie, la vie pose un problème, la vie est un problème qui peut être lié à l’art, tout comme à la pensée, seulement la pensée seule ne va pas, la pensée des intellectuels est souvent trop sèche, la pensée est sèche et du coup, à chaque fin de phrase d’une pensée de philosophe le cri voudrait se faire, le cri forme une boule dans la gorge du philosophe, cette boule va descendre, la boule du philosophe descend dans les âges, et ça forme le cri, mais souvent le cri est baillonné par les générations, toutes les générations qui ont été les pires chacune à leur tour, toutes générations confondues ont été les pires de toutes, et certaines n’ont toujours rien renié, tout cela est dû à l’étouffement des pensées des philosophes qu’ils ont traduit en phrase, c’est-à-dire qu’ils ont foutu tout ça en boule et démerdez-vous, l’étouffement se traduit, la phrase éteint la pensée, alors que la pensée n’est pas dans la boule, la boule des phrases toutes faites des générations revanchardes, la pensée est aussi une bosse et un cri et qu’il n’y a pas de phrases qui permettent de traduire l’impossible respiration, les bonnes fabrications, les tournures de phrases sont des enfermements de la chose repliée, elles bloquent la respiration et le roulement de la pensée à travers des mots enchevêtrés et écrasés, sans constructions, les phrases des pensées sont comme des enfermements de corps, elles sont des organes qui empêchent la libre circulation de la pensée dans la vie, il faut des cris de philosophes, il faut pouvoir penser à partir de la douleur et du rire philosophique et non, par exemple, de sa définition du rire, la pensée est quelque chose qui se veut libre et en dehors du cadre très serré, en dehors du corset sectaire des générations d’oubliettes, les générations à tête de linotte, tête d’alouette, générations je-te-plumerai, générations je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette, générations les pires ou les moins douées depuis belles lurettes, car la pensée veut aussi le chant mais sorti, le chant sorti et qui aurait déjà trop subi tous les encombrements de corps, les encombrements de corps sont les mains et la langue, la voix, la langue et les mains sont les encombrements de la pensée, alors la pensée peut s’amuser, la pensée peut jouer avec le cri et avec les gestes dans tous les sens pour traduire son inexistence et s’échapper du corps, la pensée joue avec le corps pour le laisser retomber ensuite et profiter de l’élan pour sauter dans l’air, elle joue du corps mais le laisse finalement à ses propres encombrements, car la pensée est ce qui réclame le plus d’air, la pensée est ce qui réclame la respiration à outrance et aussi le jet vers le dehors, le saut, l’expulsion du sensible au dehors, sensible qui veut dire « j’ai pris suffisamment de coups dans la poire pour vouloir et pouvoir, pouvoir et vouloir hors de ma poire et sauter dans le vide », le saut dans le vide de la pensée grâce à tout ce qui est possible de faire avec tous les encombrements de corps et les coups de pied au cul de l’existence, la pensée c’est des bosses et des coups dans la poire de la vie, c’est aussi le ramassement de l’intérieur pour un soulèvement possible hors du corps, grâce à tout ce qui forme le corps, à son côté empâté et impossible, grâce à toute la finesse écrasée des organes, finesse et écrasement, entre les deux mon cœur balance, c’est-à-dire qu’entre les deux la pensée circule et s’échappe, le chant est une forme d’échappée du corps, tout comme le geste, les gestes s’échappent eux aussi, les échappées du peloton, car le corps est une sorte de peloton d’exécution, tout doit mourir dans le corps, rien ne subsiste, alors les gestes vont dans tous les sens, et les sens se répartissent dans le corps, les sens provoquent la respiration du corps pelotonné, jusqu’au moment où celui-ci décidera, d’un commun accord avec lui-même, qu’il faudra tout ratatiner dans la mort, parce qu’il faut tout ratatiner c’est ainsi, trop de vivants pas assez morts, trop d’artiste aussi c’est ainsi, trop de moi pas mort, car moi aussi est en trop, c’est le trop même, le moi c’est le pas assez mort même, il est trop dans le même et du coup pas encore mort, c’est sa chance, la répétition, plus c’est vivant plus ça se redit, jamais rien n’est bon, du coup ça revit, ça renaît, encore une boucle, que les bouches s'ouvrent et que tout ça se répète, jusqu’au déluge, jusqu’à ce qu’on nous referme le bec il faudra répéter ça, même le déluge, car la répétition c'est ça qui fait la vie, tous les humains sont vivants, du moment qu'ils sont dits, et tous les parlants s'improvisent vivants, puisqu'ils sont répétés, car l'improvisation on sait bien que ça ne s'improvise pas, et tous sont en vie, du moment qu’on les parle, du moment que ça traverse et que ça fasse retour, un bon retour de bande, avant la fin promise de nous, car le problème c’est que je ne suis pas moi quelque part, je suis nous, et le nous est à peine soi et c’est tant mieux, car quelque part en moi il y a l’impossible soi, c’est-à-dire le manque-artiste qui est là et qui veille, car tout ce que je fais n’est pas nourri par la volonté de trouver et de renouveler, d’avoir une nouvelle idée et de la former puis de s’en servir, tout ce que je fais n’est pas inscrit dans la volonté de se démarquer, puis ensuite de breveter après invention, de rentrer enfin dans le bercail des galeries et dans les discours des artistes qui ont déjà tout fait et tout vu, je ne sais pas chanter, je ne sais pas poser ma voix, respirer, j’oublie de respirer et de parler par le ventre, et c’est la rage presque seule qui va former le dessin et non la technique, je n’ai rien contre la technique cependant, seulement, la technique dépasse les techniciens, car les techniciens oublient que la technique est plus vieille que le plus vieux des techniciens, les machines ont le mérite d’emboucaner l’intime, l’intime fait gros bruit grâce aux machines et non grâce au beau grain de voix de l’acteur, d’ailleurs il vaut mieux être un beau grain de fille qu’un beau grain de voix, la voix passe par les oublis de la bande et par les trucages les plus diverses pour dicerner mieux, mieux dire et cerner soi par la bidouille, mais est-ce vraiment important de vivre ces passages à la bidouille, car ce qui reste de l’artiste est bien souvent son passage dans la technique, la forme, son passage à la forme est son passage par les armes, les armes des artistes, on peut dire alors qu’il est reconnu parmi les siens, mais quel est l’intérêt d’être reconnu parmi les siens, nous sommes reconnus parmi les nôtres car nous leur servons la même bouillie intime, c’est toujours du même tonneau que nous versons et donc c’est rassurant, il est rassurant de montrer sa même face de mort à nos contemporains, mais tous nos contemporains ne sont pas rassurés, on a beau leur resservir le même souper depuis des âges, et d’ailleurs ce serait notre âge à nous déjà qu’il reconnaîtraient, et puis ils en reconnaîtraient d’autres à force de perspicacité, mais nos contemporains manquent de perspicacité, car nos contemporains ressemblent à une famille en décomposition, une bonne vieille famille avec qui nous entretenons des relations pas catholiques, cependant tout ce qui dépasse la relation est pour nous sans grand intérêt, l’art doit aussi être là pour la relation, deux ouvriers peintres qui peignent un mur, un haut mur de béton, ou qui l’enduisent, ces deux travailleurs là sont pris par leur travail et n’ont que des relations minimes entre eux, pour nous le drame est noué là avant toute chose, il naît de l’impossibilité relationnelle entre les êtres, la création doit favoriser la relation, la création est le possible relationnel, deux hommes qui enduisent ou qui peignent, ou deux travailleurs qui sont dans des bureaux, deux bureaucrates ou deux larbins de bureaucrates et qui ont des soucis téléphoniques, deux chefs comptables ou deux pauvres diables avec des soucis de paperasse, ou toute sorte de soucis ne peuvent se concentrer sur la vie nue, la vie est nue entre nous, nous faisons tout pour nous éloigner la vie nue, la vie sans rien, sans phrase et sans bagage littéraire et sans technique ouvrière ou artistique, alors sans doute le mot relationnel ne va pas du tout, car déjà un artiste s’est soucié de cela et a fabriqué des préceptes pour faire le forcing dans les galeries avec ses nouvelles idées, et du coup nous avons inventé « l’esthétique relationnelle », qui est une fumisterie pour les salons, les vernissages et toutes sorte de mondanités, rien à voir avec ce que nous appelons le problème de la relation, il y a dans le geste du travail à plusieurs quelque chose qui passe et obscurcit toute possibilité de voir la vie sous le bon œil, il y a quelque chose qui pèse, quelque chose qui nous arrive dans l’esprit et qu’on tentera de repousser par tout un tas d’actes qui sont des empêchements pour être vraiment là, soi-même déjà là et l’autre dans cette possibilité, la possibilité, voyant l’autre là et d’y être également pour lui-même, cela est la même chose pour ceux qui travaillent dans un bureau, ceux qui œuvrent sur un chantier et ceux qui organisent des manifestations artistiques, il y a tout un tas de constructions relationnelles, tout un ensemble fort élaboré pour éviter la vraie vie, l’ouvrier va parler à l’autre de choses et d’autres, le secrétaire ou l’employée de banque, le patron et son adjoint parleront dans les moments perdus du bon ou du mauvais temps, le technicien artiste parlera de sa technique artiste en prenant un verre avec une personne du staff technique ou de son public artiste et alors il n’en ressort rien de l’humanité sauf des humains, on est bouffé par l’humain dans l’humanité, on est bouffé par l’inhumain aussi, du moment que ça nous fait des belles poésies, du moment que l’histoire de l’inhumain nous fait ressortir la pire des philosophies, elle donnera la main à la plus belle des poésie et tous les deux ils iront grimacer leur pensée à nos contemporains, il ne ressortira jamais rien de l’humain, à part des traces individuelles d’individus qui auront tracé des belles poésies avec de beaux lendemains pour la belle philosophie humaniste, avec ces individus formés de leur seul individualisme, leur individu sans dualité, avec eux donc, pas moyen de s’en sortir, à part les pieds devant, on ne pourra jamais se débarrasser de ce petit monde de prêcheur, car c’est ce qui fait l’essence du monde humain, on vit comme enfermé dans ce monde humain, c'est ça la grosse tuile du siècle, c'est de se sentir oppressé par ce sentiment d'être enfermé, et l'enfermement à tout l'air d'être plein d'espace, plein de possibilités, plein de chances et plein d'air, et pourtant c'est un enfermement, un triste enfer, il n'y a rien d'autre à faire, rien qui peut exister, rien qui transpire, rien qui pousse, rien qui s'agitera hors du monde humain, pourtant le monde humain est un petit peuple, il y en a d'autres, vous pensez que j'exagère, vous êtes persuadé qu'il s'agit d'une blague, que cet étouffement nous ment, alors que j'étouffe vraiment pour ma part, regardez mes phrases, tout est fait pour m'empêcher de dire la vérité, une seule vérité, à la rigueur, la toute première phrase, a échappé au massacre, toutes les autres phrases se retournent contre moi, on ne peut pas critiquer le monde humain impunément, le monde humain est toujours là et plus que jamais, plus que jamais le monde humain nous harcèlera, plus que jamais il continuera jusqu'à ce que nous lui cédions encore et encore, jusqu'à ignorer l'idée même d'étouffement, jusqu'à étouffer mais en accusant tout sauf ça, la terre entière nous accuserons, le monde totalement, mais pas nous, pas les humains qui le peuplent, le petit peuple humain, voilà comment nous devons l'appeler, le petit monde de petit peuple et qui n'a rien pour se chauffer, il n'a juste que son petit peuple, vive les petits peuples cependant et vivent les penseurs, les penseurs qui pensent petit-peuple, car certains penseurs sont parfois des petits peuples à eux tout seuls, avec les autres c’est pas la joie, avec les autres c’est pas le petit peuple qui les intéresse, les autres rabat-joie c’est plutôt en haut que ça se passe, tout en haut des sphères où ça cause chien, mais des chiens qui ont des maîtres à causer, des maîtres-chiens qui causent qu’en aboyant, des pauvres sbires, des tristes sirs, et toutes les télévisions de la terre reprennent en cœur les aboiements, ça aboie dans les tuyaux du communiquant, tout ça parce que les hommes sont dans l’incommunicabilité absolue, c’est-à-dire que l’on ne s’attache pas à faire parler cette incommunicabilité et de la faire jaillir de toute part, désigner l’incommunicabilité à tout instant, seul l’artiste dans ses moments lucides et s’il n’est pas qu’un technologue doublé de velléités de reconnaissance avec son joli carton de poésie sous le bras, seul un artiste qui ferait sortir de ses tubes le bon trou pour la bonne balle, car la pensée est dans une gaine et sort de la bouche comme une balle, la pensée sort par la voix du chanteur et la voix est une pensée en forme de balle, la balle qui peut nous trouer quand la pensée est chantée, c’est-à-dire qu’on a suffisamment tiré dans le tas de toi pour y déchargé l’air, il y a de l’air où la parole fuse et seul un artiste prêt à faire un joli carton sur la bande passante de ses vivants contemporains, seul lui peut se permettre de montrer la nudité de tout, et donc la révolte qui en découle, car on est prisonnier de la vie du corps, si le corps s’éteint, et il s’éteint progressivement dans la vie, le corps est un éteignoir pour la vie, si le corps s’éteint donc, nous les artistes et les autres futurs noyés, nous nous retrouvons dedans comme écrasés, écrabouillés dedans entre les différents tuyaux et le sang durci, la vie pour nous est un souffle inéluctable et de toute façon la vraie lutte est déjà avec soi-même, déjà lutter pour soi contre soi-même, car ce qui nous guide c’est effectivement de repousser l’épuisement, notre épuisement, car la nuit arrive pour tout le monde et on la sent très vite monter en soi, en soi-même la nuit monte, en soi-même la vie s’éteint progressivement et donc vivre est une lutte, vivre c’est être dans la révolte, si la révolte n’est plus comprise par l’artiste, alors c’est la mort qui l’habite déjà, la mort habite beaucoup d’artistes qu’on dit vivants, on ne parle pas de la mort suffisamment, on devrait en parler à tout bout de champ, on devrait parler que de ça, on devrait toujours commencer ses phrases par la mort, on devrait au lieu de dire bonjour, dire bonne mort, au lieu de dire ça va, dire c’est mort, au lieu de dire au revoir, dire à la morgue, tout le temps nous pensons à la mort, depuis le plus jeune âge, avant la naissance même, personne ne veut voir la mort pourtant, personne ne parle jamais de la mort, parce qu’on n’en fait pas un pataquès, alors qu’on peut faire un pataquès à la mort, et faire un pataquès à la mort c’est parler à l’autre, vouloir vraiment lui parler, mais on ne peut pas vraiment parler à l’autre, surtout pas de la mort, insister plus que lourdement sur la question de la mort, prendre fait et cause pour elle seule, dire Je soussigné, charles pennequin, prend fait et cause pour la mort, rien d’autre à dire, rien d’autre à vivre, rien d’autre qui viendrait nous perturber, mais on ne peut parler à personne de la mort ou de rien, on parle jamais même de rien, on parle de tout et de rien, mais on ne va pas vraiment au rien, et aller vraiment au rien c’est aller à la mort à chacune de nos phrases, on voudrait bien connaître quelqu'un avec qui aller au bout de nos phrases, déjà avec soi-même c’est mission impossible, mais aller avec l’autre, connaître cet autre, cet incapable, car l’autre sera autant incapable que nous-même, tous les deux nous voudrions nous adresser la parole, produire un échange, faire durer, la conversation qui s'engage sur la mort, jusqu'à l'épuisement, on aurait sûrement bien voulu ça moi et l’autre incapable, et l’autre sans moi incapable, et moi l’incapable sans l’autre incapable, les deux pareils, les deux tout autant incapables, ça nous aurait fait plaisir, une bonne rencontre, une vraie incapacité, plutôt qu’une complicité, une franche accolade, un propos ténu, sans bavure, un échange fiévreux, des avis passionnés, des préoccupations, des intérêts partagés, quelques aveux en sous main, et on rebouche le tout sur le sujet de la mort, on referme le couvercle, j'aurais bien vu ça aujourd'hui, et lui aussi, une sorte de comportement normal, avec un type de la même engeance, je veux dire de la même race que moi, une relation avec un humain, une bonne et franche occupation, à s'y remettre dare-dare, avec le génie humain, mais le génie humain c'est de bien parler, de tout et de rien, le génie humain c'est bien d'avoir des relations suivies et de s'en servir bon an mal an, faire ce qu'on peut, avec ce fichu truc qui s'appelle la communication, l'échange, le relationnel, le partage, ils aiment ça le partage, ils vous le disent tous les jours, pas un seul jour ne passe sans qu'on nous bassine avec l'entendement, l'entendement avec les autres et soi, et que tous les soi on les foute au panier, ou dans une marmite et que ça vous pète à la figure, une bonne fois et puis après on fera le tri, entre les bons et les mauvais, les mauvais bougres dont je vais finir par faire partie si ça continue, c'est pour ça que je me serai bien vu personnellement avoir une conversation, une conversation toute personnelle avec quelqu'un de ma condition aujourd'hui, ça devient même pressant, l'envie d'échanger est une envie pressante, c'est comme une faim, les humains ont toujours dans le ventre l'idée de régler les choses une bonne fois pour toute, et tous les jours durant il faut régler les choses une bonne fois pour toute, et qu'on ne nous y reprenne plus, et le plus tôt sera le mieux, c'est-à-dire le lendemain, ça nous revient, l'idée qu'on ne nous y reprenne plus, c'est pire qu'une rage de dent, la volonté de faire société, avec n'importe qui on ferait société, même un rat ferait l'affaire, imaginons qu'il n'y ait plus que des rats, il faudrait bien s'accommoder avec ça, si on n'a que des rats à se mettre sous la dent, je veux dire des rats avec qui échanger, des rats avec qui parler, des rats avec qui avoir un avis sur la question, des rats avec qui affûter sa pensée, affiner ses propos, il faudra bien s'en accommoder, il faudra bien s'y tenir à ce régime, mais imaginons que les rats viennent à manquer et qu'il ne reste que des cafards à qui parler, il faudra bien s'y faire, et je vous fiche mon billet qu'on le fera, on leur apprendra même le latin s'il le faut, la contradiction, on aura nos fins détracteurs, même si ce sont de vulgaires cafards, on leur fera connaître au plus tôt nos positions, et il faudra bien trancher à un moment donné, imaginez donc qu'on en soit réduit à parler à des bêtes de ce style, à moins de s'adresser à la foule des parasites qui nous composent, et la vermine qui nous décomposera, ou les bactéries, les virus, les organismes semi-vivants, les éléments disparates de la nature et qui ne font même pas partie de notre large famille d'êtres vivants, des organismes autres que des plantes ou des animaux, car on peut parler à des orties, on a des origines communes, on a inventé des choses ensembles, tout au moins à une période de l'existence, même si elle est lointaine, on a bien dû plancher sur quelque chose avec les orties, même si ça remonte, avec d'autres bizarreries de la vie on aura plus de mal à avoir un propos qui se tient, on ne sait même pas où ils se fourrent, il parait qu'ils vivent dans des endroits impossibles, se nourrissant de rien, alors que nous les humains, les bêtes et les plantes, on n'a appris qu'à se manger l'un l'autre, des organismes limités et qui n'ont que la parole mais à qui il manque tout le reste, je me trouve tendancieux aujourd'hui, un peu borderline même, on va me dire que je fais de la philo de comptoir, on l’a déjà dit d’ailleurs, charles pennequin cumule exprès les simplismes lexicaux et les clichés de pensée, charles pennequin est un cliché de pensée à lui tout seul, charles pennequin radote sur les mêmes vocables et piétine sur ses anaphores, charles pennequin embourbé dans son style et dans sa sempiternelle thématique ritournelle logorrhée, on croit avoir quelques lecteurs mais il n’y a pas de lecteurs véritables, il n’y a que des thésars, dès les premiers mots ils vous ont tu, c’est-à-dire catalogué, pour eux vous avez trouvé votre style, et le style c’est le point de non retour, vous pouvez dors et déjà crever, ce n’est pas eux qui vont vous chercher des poux, ils font semblant de vous harceler mais c’est nous qui finalement les harcelons, le harcèlement textuel vous savez ce que ça veut dire ? des gens qui se font harceler textuellement parlant, les écrivains, les écrivains sont des harcelés du texte, c’est pas que les éditeurs qui les harcèlent, on pourrait même dire que les éditeurs les harcèlent pas trop, pas assez, il faudrait que ça harcèle plus de ce côté là, pas de danger, les éditeurs leur problème c’est justement d’avoir des auteurs, et du coup ça leur ôte l’envie d’écrire les éditeurs, l’auteur leur hôte l’envie d’être eux-mêmes des auteurs, du coup ce sont des ôtés, pas des auteurs les éditeurs, des ôtés qui prennent des hauteurs en prenant de haut les auteurs, et la meilleure façon de prendre de haut un auteur c’est de pas l’éditer, c’est-à-dire de lui ôter l’envie d’être harcelé, il y a plusieurs façon de harceler un auteur, déjà en l’éditant, ou en voulant qu’il écrive des textes pour les autres, à la place des autres, en leur ôtant les mots de la bouche, que les auteurs ôtent les autres, qu’ils leur prennent le pain de la bouche, ça les autres ils veulent pas, les autres c’est-à-dire les ôtés, les auteurs leur ôte les mots comme le pain qu’ils disent les ôtés, tant pis pour eux, ils n’ont qu’à être éditeurs, comme ça ils seront vraiment harcelés par les auteurs qui ne demandent qu’on leur foute la paix, car les auteurs veulent qu’on leur foute la paix, qu’on les laisse se harceler eux-mêmes, et les auteurs demandent qu’à être harcelés par le texte, car c’est le texte seul qui harcèle un auteur, il est pris en otage l’auteur, par un texte, un texte qui met du temps à venir, un texte qui n’en finit pas de venir et qui finira par ôter à l’auteur l’envie qu’on l’y reprenne, qu’il s’y reprenne à reprendre les mots d’auteurs des autres qui sont pas des auteurs, et tout ça pour le bien de son harcèlement quotidien, ce harcèlement permanent qui bourdonne dans la tête à l’auteur, car ça bourdonne tout le temps dans la tête à l’auteur, ça fait un tout gros bruit dans la tête à l’auteur, jusqu’à ce qu’il prenne fait et cause pour son harcèlement, jusqu’à ce qu’il finisse de céder à la demande mondaine et qu’il aille tout au fond de lui-même, car au fond de lui-même il n’y a pas d’auteur qui vaille, tout au fond de lui-même il y a un type en cheville avec ce qui se trame, et ce qui se trame c’est pas des questions de droit d’auteur, ce qui se trame là-dessous c’est ce qui taraude le vivant, et le vivant qui vit là-dessous c’est la voix vraie, la voix qui se ramasse tout à l’intérieur de l’auteur, et c’est là-dessous qu’il faudra élever un peu le niveau, mais qui est-ce qui prétend réellement élever quoi que ce soit ici ? j’entends cette voix sortir de moi et je vois déjà la tête du rat ou du cafard à qui je pose la question fatidique, ils s'en moquent de mes a-priori, de mes doutes, il n'y a pas de doute à être, ni à vivre, c'est moi qui doute, c'est moi qui suis dans l'embarras avec la mort, car c'est bien de cela qu'il s'agit, converser, c'est le seul moyen qu'on a trouvé pour lutter journellement contre cette pensée obsessionnelle, la pensée qui nous obnubile tout le jour ainsi que la nuit et qui est qu'on va mourir, il n'y a que ça qui nous intéresse, quand est-ce qu'on va en finir avec soi, quand est-ce que Je va débarrasser le plancher ? d'abord c'est l'autre à mon avis, l'autre à dû oublié de penser, et c'est comme ça qu'il est mort, mourir c'est avoir des oublis, c'est pour ça qu'on ne peut pas s'oublier, cinq minutes d'oubli dans la vie et hop, c'est pour ça qu'on s'interdit d'avoir d'autres intérêts que pour soi-même, il faut sans cesse surveiller la machine, il faut sans cesse activer ses neurones, il faut sans cesse que ça circule dans la bouche, sinon c'est la fin du bonhomme, les hommes meurent de ça, d'avoir oublié de faire circuler leur moi dans toutes les bouches, d'avoir contourné ce poteau-là, et ce poteau-là pour nous c'est le poteau de l'existence, car l'existence est un poteau bien planté, pas moyen de s'en sortir, on ne se sort jamais vivant de l'existence, c'est ça qu'il faut tenir comme propos aujourd'hui, à tous les rats, les cafards, mais aussi à tous les parasites de l’existence.
MA VIE DE NUL
Je suis nul. J’ai le cerveau blet. C’est rassurant : je serai bientôt pourri. Et le pourrissement ça grouille, il y a de l’action. Quand les autorités comptent sur « le pourrissement du conflit » pour le résoudre, je suis un court instant dans la joie. Je me dis que ça va s’étendre, que la grève va proliférer, qu’après l’unité des agents isolés vont se mettre en action, et que ça va mordre et gagner bien au-delà de l’unité. Mais l’instant de joie est court ; c’est que le pourrissement évoqué n’est qu’un étouffement, une mort lente, un résultat nul.
J’y reviens. C’est plus nul que moi – le nul est plus fort que moi. Nul c’est nu avec une aile en trop. Nul c’est con comme la lune à l’envers. J’essaie de me rassurer parfois. Je me dis : oh ! c’est pas grave de se trouver nul, c’est rien. Ça me fait replonger bien sûr. Même si nul c’est moins que rien. Rien c’est plus proche du désert et du pourrissement que nul ne l’est. Et il y a quelque chose à tirer du désert et du pourri. Tout vient de là même.
Pfff. Finalement, ma seule valeur, le seul moment où je prends un peu de caractère, c’est devant les gens : nulles gens. On me remarque, je deviens singulier. Sinon, mes compétences se réduisent à zéro, mon talent a le profil de la tête à Toto. Et encore ! La seule fois où comme Toto j’ai chié derrière l’église je n’ai même pas eu la joie de lorgner, ensuite, sur ma production. Non que j’en aie été empêché par un quelconque événement – l’arrivée du curé, d’un passant, ou la sensation soudaine de la truffe fraîche d’un chien sur mon anus brûlant – rien de ça. C’est juste que ma crotte avait disparu – et je dis ça parce que je suis sûr de l’avoir produite. C’est très frustrant. Comme un vol. Ma crotte était partie en fumée. J’ai fouillé les broussailles – peut-être qu’un trou m’avait échappé. Non ! Il n’y avait que le mien, ouvert et refermé sur rien. Et malgré cette absence, je me souviens, je m’étais dit : tu n’es qu’une merde.
J’en étais là. Je n’étais rien avec pas grand’chose comme patrimoine. Alors je me suis dit pourquoi ne pas en finir complètement. M’annuler. Mais qu’annuler face à un cas nullard ? J’étais mystifié, frappé de nullité sans même être entaché d’un vice.
Je n’existe pas sur ma vie plate. Dit autrement : je voyage sur de vains degrés de longitude. Navire sans quille qui traîne son boulet.
En jeux de mots je suis zéro. Tout môme, en camps de vacances, une veillée au feu de bois. On doit dire des trucs drôles. Arrive mon tour et de derrière les flammes léchant les rondins (ça c’est bon, ça, très bon) je dis que je passe un bon séjour dans ce camps de vacances, et dans mon langage fleuri j’ajoute que c’est un camps-pas-nul. Silence. Même le feu s’est éteint. Le comique suivant, malgré la nuit noire soudaine, y est quand même allé de sa blague. Profitant de mon échec botanique, il a proclamé que j’étais un âne doublé d’une tête de nul. Tout le monde a ri, et le moniteur a rallumé le feu.
J’ai déprimé – ça ne me vaut rien d’être nul. Et la dépression a duré toute mon adolescence. A la fin de cette période on m’a même rebaptisé. Ça s’est passé après la sortie du film Le Silence des agneaux avec Hannibal le Cannibale. Dès le lendemain, les lycéens m’ont surnommé Hannibal le Quasi-nul.
A cette époque, en cours de maths, le prof m’appelait Zéro. Le prof de français Page Blanche et en géographie Niveau de la Mer. En mécanique, l’enseignant me prenait en exemple pour expliquer le point mort. En musique mon nom était Soupir. Bon, ça suffit. Encore une chose : en haltérophilie, je ne soulevais même pas l’enthousiasme.
Ensuite j’ai commencé à rencontrer des filles, et bien entendu ça a été pire que tout. On a l’air con à tenir la main, ou le bras, d’un être transparent. Frappé d’inexistence j’ai voulu me faire entendre auprès des filles. Je me disais qu’il fallait leur parler de choses de filles, de choses qui leur parlaient avant même que je m’exprime. Mais je me noyais dans des trucs sexuels impossibles, confondant trompes de Fallope avec pompes de salopes (une claque), l’éloge de la passion et les loches de la passion (une claque), je me fourvoyais entre le banal et l’anal (un soufflet). J’étais tellement nul – un vrai nain – en langue fourrée, qu’on me surnommait Cunni-nimbus. Je me souviens d’un certain Freddy, un baiseur de première, les filles comparaient ses prouesses à mes insuccès ; avec lui c’était de la balle. Avec moi c’était de Laval.
Même si mon témoignage est au passé rien ne s’est arrangé aujourd’hui. Je suis à la poésie et à la littérature ce que la banane est au touriste en sandales-chaussettes. Un écrivain un peu short.

LA MORT EXISTE DIFFICILEMENT DANS CE MONDE
(pas facile)

Etre écrivain, c'est un "métier" ? Comment vit un écrivain ? De quoi ? Quelle est la part de l'activité d'écriture dans sa vie ?
Je ne peux pas répondre pour un écrivain. Je réponds pour moi. Et moi je ne sais pas qui c'est, au juste. Qui se cache derrière Pennequin ? qui est l'écrivain, qui est l'auteur ? qui habite dans la personne connue sous le nom de Charles Pennequin. Charles Pennequin dirait, s'il avait un peu de conscience, qu'un écrivain ne vit pas, ou s'il vit il est travaillé, trop travaillé, par la mort. On devrait toujours être en pensant vivre au bord de l'effondrement. Là je m'effondre, je ne suis dans aucun concept. Les concepts c'est bon pour les publicistes, qu'ils soient dans la littérature, ou dans l'art, ou dans la publicité, ce sont des publicitaires. Christian Prigent écrivait "demain je meure". La même année j'écrivais : "je fais de la poésie parce que demain je suis mort". On ne s'est pas téléphoné pour se passer le mot, c'est d'une logique évidente. A un moment donné celui qui écrit cherche ses mots, comme si c'était les derniers, comme si la terre allait s'effondrer sous ses pieds. C'est la fin de tout. Il n'y a pas possibilité de comprendre la vie et de la rendre, on veut rendre la vie en parole, on veut revenir à elle par retour de bande, c'est-à-dire que nous ne revenons au lieu que par l'écrit. C'est très dommageable, car nous ne sommes pas faits pour cette vie là. Pour ma part, à l'heure actuelle, je suis révolté contre tout. Je ne peux plus tenir un crayon, c'est l'asphyxie totale. Aujourd'hui je suis entre la vie et la mort. Hier aussi, car j'ai vu mon ombre et je me suis dit que c'était la dernière fois que je la verrai. Il faudrait parler du suicide. Tous les jours penser au suicide. Tous les jours ne jamais louper son suicide. Ceux qui n'y pensent pas nous préparent de chouettes lendemains ! ceux qui ne pensent pas à se suicider tout le temps ce sont ceux qui vont nous faire marcher sur la tête prochainement. Toutes les institutions (même philosophiques ou artistiques) sont contre le suicide, c'est-à-dire contre la recherche d'une forme de vérité. L'écrivain lui est à la recherche de cette vérité. L'écriture c'est vouloir parler en vrai. L'écriture c'est dire : la vérité est un vide. La vérité est déchargée, mais nous mettrons des balles dedans.
En mars 2008, ce passage avait été proposé, suite aux questions de Laure Limongi, sur ce site : http://contrejournal.blogs.liberation.fr/. mais n'a pas été publié.
Seule cette partie a été diffusée. Le thème d'ensemble étant : "le blog, notre gueuloir électronique" :
« Des grimaces devant un miroir »
Charles Pennequin. « Internet c'est comme faire des ronds dans l'eau. Tandis que les éditeurs de textes (word, etc) ressemblent à des murs. Alors, on peut aussi écrire sur des murs, mais ce sont des murs qui doivent être vus, internet est une sorte de mur avec plusieurs faces.
La question centrale pour un écrivain c'est de toute façon d'être lu, et c'est avant tout : le livre. La question du livre. Ce n'est pas de faire des traces, contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser. C'est en finir une bonne fois avec soi tous les deux ans environ. Publier c'est se faire oublier par le plus grand nombre, pendant ce temps on continue à vivre, à écrire, si possible. Internet est le brouillon d'un livre, quelque chose à agencer, à mettre en place, ou à laisser tel quel. C'est comme faire des improvisations chez soi ou des gammes (ou des grimaces devant le miroir!).
Et puis il y a le lecteur, quelques lecteurs. Il y a quelques lecteurs que j'aime bien, je ne les connais pas vraiment mais je les aime bien car on voit qu'ils prennent le temps de lire. D'autres lecteurs m'effraient par contre, ils me voient dans la vie et me disent franco qu'ils sont allés sur mes blogs, et donc parfois je ferme toutes les vannes ! L'écriture est ma seule liberté, c'est ma vie libre. J'ai tout accepté dans la vie pour écrire, c'est-à-dire pour qu'on me foute la paix ! »
je cherche mes mots. Mes petits mots. Venez les petits mots. Venez à moi. Mes petits mots à moi ils doivent en rester là. En creux. Tout contre moi. Venez vous blottir. Venez même dans moi les petits mots. Restez cachés. Restez dedans les petits mots. Ne partez pas dehors. Restez noués. Tassez-vous bien au fond de ma gorge. Dans les tréfonds de moi. Dans les organes. L'organe d'une voix. La petite voix tout entassée. Restez tassés les petits mots. Ne sortez pas. N'allez pas vous montrer. Restez avec maman. C'est la maman des petits mots qui vous parle. C'est votre petite maman les petits mots. Et qu'est-ce qu'elle a dit maman? Elle a dit quoi la maman des petits mots? Elle a dit de rester là bien sagement. Tranquille. Restez tranquille mes petits mots à moi. Tout contre. Tout doux. Oui ! Comme ça. Oui, c'est bien! Tout doucement. Dodo. Fais dodo contre maman les petits mots. Maman va vous raconter une histoire. Maman va parler à ses petits mots. Maman à des choses à leur dire. Maman va vous endormir. Dodo les petits mots. Allez ! Il était une fois un grand méchant mot. Il était une fois dans la ville PLEIN de grands méchants mots avec des gens dedans. Il était une fois des petits mots qui s'étaient perdus et les méchantes gens ils voulaient du mal aux petits mots. Parce que les petits mots savaient pas. Les petits mots ils étaient tout gentils les petits mots. Car au départ c'est tout des petits mots tout gentils au tout départ de tout. Et les méchantes gens avec leurs méchants mots ils les voient. Les méchantes gens ils veulent les attraper pour dire méchantes choses à tous les petits mots. Pour les remplir de méchantes choses en dedans. Pour que ça grouille de toute la méchanceté dedans. Pour leur faire avaler qu'il faut méchamment parler à tous les petites gens. Et les petits mots ils résistent. C'est dur! C'est dur de dire des saloperies quand on est un petit mot tout gentil. Tout doux. Tout mignon. Câlin les petits mots. Câlin dodo. Maman va aller dehors maintenant. Maman doit aller travailler maintenant. Restez bien noués. Maman doit partir travailler maintenant. Restez bien au chaud les petits mots. Bien sages. Bien entassés. Allez. Dodo les petits mots. Dodo dedans maman.

c’est mort ici, ou presque, c’est quasi mort, on n’en a plus pour longtemps, ailleurs c’était moins mort, mais ici, si vous voulez sortir le soir c’est mort, faut rester chez soi, mais même chez soi c’est mort, la télé est morte, vous sortez dans la télé, vous voulez passez une bonne soirée mais c’est la télé qui veut passer une bonne soirée, du coup elle dit c’est mort ici, elle passe la soirée ailleurs, on sait pas où, certains savent où elle passe ses soirées la télé, pas chez moi en tout cas ! chez moi c’est mort pour la télé, alors je la regarde, je vois des gens sortir, ils disent qu’ils sortent mais c’est pour faire un effort, pour dire d’être sortis, puis après ils re-rentrent, y en a comme ça qui sont morts, de faire tant d’allers et venues pour rien, les experts vous le diront, ne sortez pas couverts, surtout si c’est mort tout partout ! pas d’allers et venues inutiles, restez chez vous même si c’est mort, ils le disent tous les experts à la télé
Venez Nombreux!
Le Théâtre d’Or présente
dans le cadre des poétiques de Printemps
Volaction
Textes de Alain Astruc, Jean-Pierre Verheggen, Gherasim Luca, Charles Pennequin,
Henri Michaux
Avec Cécile Duval et Jean-Michel Susini
durée : 50 minutes
Voix et violon se mêlent dans une improvisation portée et structurée par les
poèmes. Parole active, légèreté.
Mercredi 16 juin 2010 à 20h30
au Théâtre de l’Epée de bois
La Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
Métro: Chateau de Vincennes puis bus 112 arrêt Cartoucherie
Entrée libre
Réservations: 01 40 12 80 11
http://theatredor.free.fr
http://myspace.com/cecileduval
je m'emmerde
je ne m'emmerde pas
j'aurais pu m'emmerder
mais là je m'emmerde
et ça m'emmerde pas
nous ici nous savons bien
nous emmerder
nous sommes dans la merde
nous sommes dans l'emmerdement
de la merde
je m'emmerde bien
c'est bon de s'emmerder
c'est bon pour le moral
moi je m'emmerde
pour garder le moral
un bon coup d'emmerdement
et on n'en parle plus
le moral est bon
je me suis bien emmerdé
je suis bien
je me prépare
à m'emmerder
tout est prêt
y a pus qu'à.


AVEC ENTRE AUTRES
EDITH AZAM
ANTOINE BOUTE
CECILE RICHARD
QUENTIN FAUCOMPRE
PAKITO BOLINO
LES AMIS DE LA PLATEFORME
ET DE ROCK'N'ROLL CHARITY HOSPITAL
LES GENS DE DUNKERQUE
AVEC DES PERFS DE SERIGRAPHIE
DES MICROS DANS TOUS LES COINS POUR PARLER
DES GUITARES
DES BATTERIES
DES MOTS SUR LES MURS ET LES FENETRES
DES DESSINS DE TOUT LE MONDE EN TRES GROS
DES BELLES AFFICHENT SUR LES MURS DE LA VILLE
DES LECTURES
DES PERFS EMOTIONNELLES
LA REVUE (ON L'ESPERE !!!!!!!!!! IL NE FAUT JAMAIS DESESPERER !!!!)
DES BIERES...
"L’article Rénovation de la VP posté par Sébastien Smirou dans « L’Atelier » du site POL paraphrase l’article publié par Jacques Roubaud dans « LE MONDE diplomatique » de Janvier dernier. Il en accentue certains angles polémiques et gomme aventureusement quelques nuances. Mais, en gros, c’est le même point de vue — et sans doute le même objectif. J’appellerai donc, désormais, l’auteur de cette intervention globale : Smiroubaud..."
