
Chers amis,
j'aurais bien voulu connaître quelqu'un
j'aurais bien voulu qu'il m'adresse la parole
produire un échange
faire durer
la conversation qui s'engage
jusqu'à l'épuisement
j'aurais bien voulu ça
ça m'aurait fait plaisir
une bonne rencontre
une franche accolade
un propos ténu
sans bavure
un échange fiévreux
des avis passionnés
des préoccupations
des intérêts partagés
quelques aveux en sous main
et on rebouche le tout
j'aurais bien vu ça aujourd'hui
une sorte de comportement normal
avec un type de la même engeance
je veux dire de la même race que moi
un humain
une relation avec un humain
une bonne et franche occupation
à s'y remettre dare-dare
avec le génie humain
et le génie humain c'est bien de parler
de tout et de rien
le génie humain c'est bien d'avoir des relations suivies
et de s'en servir bon an mal an
faire ce qu'on peut
avec ce fichu truc
qui s'appelle la communication
l'échange
le relationnel
le partage
ils aiment ça le partage
ils vous le disent tous les jours
pas un seul jour ne passe sans qu'on nous bassine avec l'entendement
l'entendement avec les autres et soi
et que tous les soi on les foute où j'pense
dans une marmite et que ça vous pète à la figure
une bonne fois et puis après on fera le tri
entre les bons et les mauvais
les mauvais bougres dont je vais finir par faire partie
si ça continue
c'est pour ça que je me serait bien vu
avoir une conversation
avec quelqu'un de ma condition aujourd'hui
ça devient même pressant
l'envie d'échanger
est une envie pressante
c'est comme une faim
les humains ont toujours dans le ventre l'idée de régler les choses
une bonne fois pour toute
et tous les jours durant
il faut régler les choses
une bonne fois pour toute
et qu'on ne nous y reprenne plus
et le plus tôt sera le mieux
c'est-à-dire le lendemain
ça nous revient
l'idée qu'on ne nous y reprenne plus
c'est pire qu'une rage de dent
la volonté de faire société
avec n'importe qui on ferait une société
même un rat ferait l'affaire
imaginons qu'il n'y ait plus que des rats
il faudrait bien s'accomoder avec ça
si on n'a que des rats à se mettre sous la dent
je veux dire
des rats avec qui échanger
des rats avec qui parler
des rats avec qui avoir un avis sur la question
des rats avec qui affuter sa penser
affiner ses propos
il faudra bien s'en accommoder
il faudra bien s'y tenir à ce régime
imaginons que les rats viennent à manquer
et qu'il ne reste que des cafards à qui parler
il faudra bien s'y faire
et je vous fiche mon billet qu'on le fera
on leur apprendra même le latin s'il faut
la contradiction
on aura de fins détracteurs
même si ce sont de vulgaires cafards
on leur fera connaître au plus tôt nos positions
et il faudra bien trancher à un moment donné
imaginez donc qu'on ne soit réduit à parler à des bêtes de ce style
à moins de s'adresser à la foule des parasites qui nous composent
et la vermine qui nous décomposera
ou les bactéries
les virus
les organismes semi-vivants
les éléments disparates de la nature et qui ne font même pas partie de notre large famille d'êtres vivants
des organismes autres que des plantes ou des animaux
car on peut parler à des orties
on a des origines communes
on a inventé des choses ensembles
tout au moins à une période de l'existence
même si elle est lointaine
on a bien dû plancher sur quelque chose avec les orties
même si ça remonte
ça ne nous rajeunit pas
cependant avec d'autres bizarreries de la vie
on aura du mal
à avoir un propos qui se tient
on ne sait même pas où ils se fourrent
il parait qu'ils vivent dans des endroits impossibles
se nourrissant de rien
alors que nous on n'a appris qu'à se manger l'un l'autre
des organismes limités qui n'ont que la parole
mais à qui il manque tout le reste
je me trouve tendancieux aujourd'hui
un peu borderline même
on va me dire que je fais de la philo de comptoir
qu'est-ce que ça peut foutre
ça m'avancerait à quoi d'élever le niveau
qui est-ce qui prétend élever quoi que ce soit ici
je vois déjà la tête du rat ou du cafard
à qui je pose la question fatidique
ils s'en moquent de mes à-priori
de mes doutes
il n'y a pas de doute à être
ni à vivre
c'est moi qui doute
c'est moi qui suis dans l'embarras avec la mort
car c'est bien de cela qu'il s'agit
converser c'est le seul moyen qu'on a trouvé
pour lutter journellement
contre cette pensée obsessionnelle
la pensée qui nous obnubile tout le jour
ainsi que la nuit
et qui est qu'on va mourir
il n'y a que ça qui nous intéresse
quand est-ce qu'on va en finir avec soi
quand est-ce que je va débarrasser le plancher
d'abord c'est l'autre à mon avis
l'autre à dû oublié de penser
et c'est comme ça qu'il est mort
mourir c'est avoir des oublis
c'est pour ça qu'on ne peut pas s'oublier
cinq minutes d'oubli dans la vie et hop
c'est pour ça qu'on s'interdit d'avoir d'autres intérêts
que pour soi-même
il faut sans cesse surveiller la machine
il faut sans cesse activer ses neurones
il faut sans cesse que ça circule dans la bouche
sinon c'est la fin du bonhomme
les hommes meurent de ça
d'avoir oublié de faire circuler leur moi dans la bouche
d'avoir contourné ce poteau-là
et ce poteau-là pour nous c'est le poteau de l'existence
car l'existence est un poteau bien planté
pas moyen de s'en sortir
on ne se sort jamais vivant de l'existence
c'est ça qu'il faut tenir comme propos aujourd'hui
à tous les rats
les cafards
mais aussi à tous les parasites de la terre
LA MORT EXISTE DIFFICILEMENT DANS CE MONDE
(pas facile)
la poésie est une affaire
de crispation
plus la poésie apparaît
plus l'affaire se crispe
Etre écrivain, c'est un "métier" ? Comment vit un écrivain ? De quoi ? Quelle est la part de l'activité d'écriture dans sa vie ?
Je ne peux pas répondre pour un écrivain. Je réponds pour moi. Et moi je ne sais pas qui c'est, au juste. Qui se cache derrière Pennequin ? qui est l'écrivain, qui est l'auteur ? qui habite dans la personne connue sous le nom de Charles Pennequin. Charles Pennequin dirait, s'il avait un peu de conscience, qu'un écrivain ne vit pas, ou s'il vit il est travaillé, trop travaillé, par la mort. On devrait toujours être en pensant vivre au bord de l'effondrement. Là je m'effondre, je ne suis dans aucun concept. Les concepts c'est bon pour les publicistes, qu'ils soient dans la littérature, ou dans l'art, ou dans la publicité, ce sont des publicitaires. Christian Prigent écrivait "demain je meure". La même année j'écrivais : "je fais de la poésie parce que demain je suis mort". On ne s'est pas téléphoné pour se passer le mot, c'est d'une logique évidente. A un moment donné celui qui écrit cherche ses mots, comme si c'était les derniers, comme si la terre allait s'effondrer sous ses pieds. C'est la fin de tout. Il n'y a pas possibilité de comprendre la vie et de la rendre, on veut rendre la vie en parole, on veut revenir à elle par retour de bande, c'est-à-dire que nous ne revenons au lieu que par l'écrit. C'est très dommageable, car nous ne sommes pas faits pour cette vie là. Pour ma part, à l'heure actuelle, je suis révolté contre tout. Je ne peux plus tenir un crayon, c'est l'asphyxie totale. Aujourd'hui je suis entre la vie et la mort. Hier aussi, car j'ai vu mon ombre et je me suis dit que c'était la dernière fois que je la verrai. Il faudrait parler du suicide. Tous les jours penser au suicide. Tous les jours ne jamais louper son suicide. Ceux qui n'y pensent pas nous préparent de chouettes lendemains ! ceux qui ne pensent pas à se suicider tout le temps ce sont ceux qui vont nous faire marcher sur la tête prochainement. Toutes les institutions (même philosophiques ou artistiques) sont contre le suicide, c'est-à-dire contre la recherche d'une forme de vérité. L'écrivain lui est à la recherche de cette vérité. L'écriture c'est vouloir parler en vrai. L'écriture c'est dire : la vérité est un vide. La vérité est déchargée, mais nous mettrons des balles dedans.
En mars 2008, ce passage avait été proposé, suite aux questions de Laure Limongi, sur ce site : http://contrejournal.blogs.liberation.fr/. mais n'a pas été publié.
Seule cette partie a été diffusée. Le thème d'ensemble étant : "le blog, notre gueuloir électronique" :
« Des grimaces devant un miroir »
Charles Pennequin. « Internet c'est comme faire des ronds dans l'eau. Tandis que les éditeurs de textes (word, etc) ressemblent à des murs. Alors, on peut aussi écrire sur des murs, mais ce sont des murs qui doivent être vus, internet est une sorte de mur avec plusieurs faces.
La question centrale pour un écrivain c'est de toute façon d'être lu, et c'est avant tout : le livre. La question du livre. Ce n'est pas de faire des traces, contrairement à ce que certaines personnes peuvent penser. C'est en finir une bonne fois avec soi tous les deux ans environ. Publier c'est se faire oublier par le plus grand nombre, pendant ce temps on continue à vivre, à écrire, si possible. Internet est le brouillon d'un livre, quelque chose à agencer, à mettre en place, ou à laisser tel quel. C'est comme faire des improvisations chez soi ou des gammes (ou des grimaces devant le miroir!).
Et puis il y a le lecteur, quelques lecteurs. Il y a quelques lecteurs que j'aime bien, je ne les connais pas vraiment mais je les aime bien car on voit qu'ils prennent le temps de lire. D'autres lecteurs m'effraient par contre, ils me voient dans la vie et me disent franco qu'ils sont allés sur mes blogs, et donc parfois je ferme toutes les vannes ! L'écriture est ma seule liberté, c'est ma vie libre. J'ai tout accepté dans la vie pour écrire, c'est-à-dire pour qu'on me foute la paix ! »
pamphlet contre la mort
on m'a demandé d'écrire un pamphlet, et du coup j'ai pensé à la mort, car je ne veux pas mourir, et je trouve qu'il y a trop de gens qui veulent la mort, car ils la veulent forcément, puisqu'ils ne disent rien, qu'ils disent que c'est ainsi, c'est comme ça, il faut faire avec, il faut bien vivre avec ça, comme si c'était une charge, comme si on avait la charge de la mort en permanence dans la vie, comme si la vie c'était montrer qu'on est mort, car en effet c'est un peu ça, on est continuellement mort dans la vie, en tout cas ceux qui vivent la plupart du temps meurent d'avoir été trop morts, ils sont dans la vie, en plein milieu, et c’est pourtant là qu’ils trouvent le moyen de mourir, car ils ont trop chargé la mort, comme on charge la mule, ils ont été chargé dès la naissance de se charger la mule avec cette idée, c'est-à-dire de faire avec, de s'accommoder de l'idée qu'ils allaient mourir, mais on ne peut pas s'accommoder avec la mort, en permanence s'acoquiner, c'est impossible de faire avec, encore moins contre, tout le monde vous le dira, vous ne pouvez pas faire contre la mort, cependant nous avons décidé d’aller contre la mort aujourd’hui, car sinon on ne vit pas, comment vivre si on ne peut que s'affaisser devant le fait très certain que nous allons mourir, nous allons mourir mais il ne faut pas s'affaisser devant ce fait très certain, il faut juste dire que cette fois on ne nous aura pas, ni aujourd'hui ni demain, il n'y a pas à profiter de la vie pour autant, tous les jours se dire que nous avons de la chance et qu'il faut en profiter, nous ne voulons pas profiter de la vie pour autant, nous nous foutons pas mal de la vie, nous sommes noirs, nous sommes morts, une bonne partie de nous-mêmes est déjà cuite, tout est cuit en nous, sauf la vie, le maigre petit butin sur l'anéantissement de tout notre être pour des millénaires, nous nous foutons pas mal de l'éternité, car nous vous chions de l'éternité tout les jours, oui tous les jours je peux vous chier de l'éternité monsieur et madame, et pour des jours et des jours je vous chie de l'éternité, pour des jours, des mois, des années, pour des années et des années entières, des années rechiées en moi, et je n'ai aucun regret, je n'ai aucune espèce de regret sur ma pauvre vie, j'ai une petite vie, une petite misère, tout le monde à sa petite misère, et il dort avec, il en fait des lingots de sa petite misère, de son petit soi miséreux comme une loque, il dort dessus comme un trésor, sur cette loque, son misérable égo, le portrait propret de sa personne qui ressemble au bel étron de l'existence qu’il fabrique, toutes les familles vous fabriquent comme ça, elles vous font loques, c'est-à-dire qu'elles vous façonnent un bel étron pour votre existence, et vous devez être fiers, et vous devez vous fier à la fierté, sinon gare, sinon vous êtes un vieil étron pourri dans l'existence, mais nous avons décidé une bonne fois pour toute de dire merde à l'existence, c'est-à-dire aux étrons, c’est-à-dire à toute famille, à tout rassemblement humain pour se tenir chaud, il n’y a que dans la merde que ça tient chaud, il n’y a que dans une couche bien épaisse de merde que toute famille s’épanouit, mais il n'y a pas à s’épanouir, c’est-à-dire à se tenir chaud, il y a à dire que nous refusons la mort bec et ongle et qu'ils ne nous auront pas, nous ne sommes pas des poètes voués à la mort, n'avez-vous jamais entendu toutes les bonnes personnes qui vous entourent, vous dire que vous serez connus quand vous serez mort ? C'est la logique même, car nous sommes dans des familles de logiciens, ils savent tout, ils connaissent votre passé, votre futur, vous ne pouvez rien leur apprendre, vous ne pouvez rien leur dire qu'ils le savent déjà, ils connaissent l'heure de votre mort, mort en parfait inconnu disent-ils, ils disent ça car ça les arrange que vous mourriez en parfait inconnu, après vous pourrez appartenir à qui vous voudrez, après vous faites comme bon vous semble, vous êtes libre comme l'air après, la famille vous libère enfin, c'est pour ça qu'ils affirment que vous serez connu bien après votre libération, c'est-à-dire votre mort, car ils vous veulent tout le mal possible, et le mal possible c'est qu'on vous rattrape après, que le sort s'acharne sur vous, c'est-à-dire que vous soyez connus, que vous creviez et que votre œuvre vienne vous cracher à la figure une fois mort, car toute œuvre vient chier sur portrait même de son ouvrier, alors que lui, ce qu'il voulait, c'était lutter, et il s'est fourbi des armes pour se battre contre la mort, qu'est-ce que vous avez à contempler ses armes ? vous admirez ses outils ou ses misérables traces contre la mort, mais c'est lui qui a baissé les bras, tous les artistes sont des types qui ont manqué de bras face à l'existence, tous les artistes ont ratés leur vie, déjà parce qu'ils n'ont pu faire autrement que se trouver une famille, et naître dans une famille c'est déjà vouloir rater sa vie, c'est déjà avoir une petite idée de soi-même, c'est avoir un petit soi qu'on range, qu'on plie et qu'on oublie dans la poche de son veston, c'est une image certes, mais c'est un peu ça naître, c'est s'oublier dans une poche de veston ou de pantalon, « on m'a demandé d'écrire un pamphlet contre la mort, mais je ne vais pas m'en sortir vivant ! », voilà ce que dit l’artiste une fois mort, nous sommes des gros déçus de l’existence, car l'existence est une saloperie contractée dès le plus jeune âge, à la naissance même, on aurait pu choisir de ne pas exister dans l'existence, celle qu'on nous règle, car on nous a réglé notre compte dès la naissance et comment ! et comment ? En nous collant tout un tas de souvenirs, c'est les souvenirs qui règlent dans un premier temps l'existence, et les souvenirs arrivent très tôt, dès la naissance on vous gave de souvenir, car sinon à la naissance on n'est rien, et on ne se souvient de rien, c'est juste après que viennent les complications, ou pendant, c'est pendant le même temps du rien qu'on vous rempli de souvenirs, vous êtes gavés dès que vous êtes nés, on rempli le vide de vous-même, mais c'est vous qui le faites, vous vous gavez vous-mêmes, on vous apprend ça très vite, à se remplir par tout un tas de bazars qu'on appelle les souvenirs, si on n'avait pas les souvenirs on se souviendrait de tout, c'est-à-dire qu'on se souviendrait déjà qu'on se souvenait de rien, qu'à la naissance il n'y avait rien et qu'on aurait mieux fait de continuer ainsi, de poursuivre sa route et de ne pas se remplir des choses inutiles de l'existence, et la chose inutile par excellence c'est le souvenir, le souvenir qui est une sorte d'entassement, on tasse et on rentasse toute une somme de virus pour la vie entière, et c’est la mémoire qui emmagasine tout ça, nous ne devrions plus nous souvenir de rien, et la vie apparaîtrait à nous-mêmes sous un jour neuf, comme une jeune fille, tous les jours une nouvelle jeune fille, un air neuf, tous les jours nous serions cet air neuf, nous réglerions les choses plus tard, plus tard l’addition ! plus tard nous verrons, il sera bien temps de se remémorer, il sera bien temps, le jour où je ne saurais plus écrire par exemple, ce jour-là par exemple, le jour où il faudra dicter à quelqu’un ma mort, le jour où il faudra lui dire, je voudrais revenir sur mon lit de mort s’il vous plait, puis-je revenir à l’endroit même de ma mort, s’il vous plait ? l’endroit de ma mort ? mais je sais où il se cache, l’endroit de ma mort ! c’est le même endroit où je suis né ! tout à fait le même, il n’a pas bougé, rien n’a bougé d’ailleurs, car nous sommes des nostalgiques dans la famille, nous nous nourrissons des mêmes choses, nous avons faim et soif des mêmes événements et nous les reproduisons car nous voulons au plus tôt être enterrés, enterrés dans les souvenirs, comme recouverts par la paperasse, couverts de paperasse et jamais ça ne fera le compte malgré tout, il faudra sans arrêt y revenir, réfléchir à quel moment nous avons le mieux su mourir dans notre vie, quel est le moment où vous avez su le mieux mourir dans votre vie ?
je cherche mes mots. Mes petits mots. Venez les petits mots. Venez à moi. Mes petits mots à moi ils doivent en rester là. En creux. Tout contre moi. Venez vous blottir. Venez même dans moi les petits mots. Restez cachés. Restez dedans les petits mots. Ne partez pas dehors. Restez noués. Tassez-vous bien au fond de ma gorge. Dans les tréfonds de moi. Dans les organes. L'organe d'une voix. La petite voix tout entassée. Restez tassés les petits mots. Ne sortez pas. N'allez pas vous montrer. Restez avec maman. C'est la maman des petits mots qui vous parle. C'est votre petite maman les petits mots. Et qu'est-ce qu'elle a dit maman? Elle a dit quoi la maman des petits mots? Elle a dit de rester là bien sagement. Tranquille. Restez tranquille mes petits mots à moi. Tout contre. Tout doux. Oui ! Comme ça. Oui, c'est bien! Tout doucement. Dodo. Fais dodo contre maman les petits mots. Maman va vous raconter une histoire. Maman va parler à ses petits mots. Maman à des choses à leur dire. Maman va vous endormir. Dodo les petits mots. Allez ! Il était une fois un grand méchant mot. Il était une fois dans la ville PLEIN de grands méchants mots avec des gens dedans. Il était une fois des petits mots qui s'étaient perdus et les méchantes gens ils voulaient du mal aux petits mots. Parce que les petits mots savaient pas. Les petits mots ils étaient tout gentils les petits mots. Car au départ c'est tout des petits mots tout gentils au tout départ de tout. Et les méchantes gens avec leurs méchants mots ils les voient. Les méchantes gens ils veulent les attraper pour dire méchantes choses à tous les petits mots. Pour les remplir de méchantes choses en dedans. Pour que ça grouille de toute la méchanceté dedans. Pour leur faire avaler qu'il faut méchamment parler à tous les petites gens. Et les petits mots ils résistent. C'est dur! C'est dur de dire des saloperies quand on est un petit mot tout gentil. Tout doux. Tout mignon. Câlin les petits mots. Câlin dodo. Maman va aller dehors maintenant. Maman doit aller travailler maintenant. Restez bien noués. Maman doit partir travailler maintenant. Restez bien au chaud les petits mots. Bien sages. Bien entassés. Allez. Dodo les petits mots. Dodo dedans maman.

c’est mort ici, ou presque, c’est quasi mort, on n’en a plus pour longtemps, ailleurs c’était moins mort, mais ici, si vous voulez sortir le soir c’est mort, faut rester chez soi, mais même chez soi c’est mort, la télé est morte, vous sortez dans la télé, vous voulez passez une bonne soirée mais c’est la télé qui veut passer une bonne soirée, du coup elle dit c’est mort ici, elle passe la soirée ailleurs, on sait pas où, certains savent où elle passe ses soirées la télé, pas chez moi en tout cas ! chez moi c’est mort pour la télé, alors je la regarde, je vois des gens sortir, ils disent qu’ils sortent mais c’est pour faire un effort, pour dire d’être sortis, puis après ils re-rentrent, y en a comme ça qui sont morts, de faire tant d’allers et venues pour rien, les experts vous le diront, ne sortez pas couverts, surtout si c’est mort tout partout ! pas d’allers et venues inutiles, restez chez vous même si c’est mort, ils le disent tous les experts à la télé
Venez Nombreux!
Le Théâtre d’Or présente
dans le cadre des poétiques de Printemps
Volaction
Textes de Alain Astruc, Jean-Pierre Verheggen, Gherasim Luca, Charles Pennequin,
Henri Michaux
Avec Cécile Duval et Jean-Michel Susini
durée : 50 minutes
Voix et violon se mêlent dans une improvisation portée et structurée par les
poèmes. Parole active, légèreté.
Mercredi 16 juin 2010 à 20h30
au Théâtre de l’Epée de bois
La Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
Métro: Chateau de Vincennes puis bus 112 arrêt Cartoucherie
Entrée libre
Réservations: 01 40 12 80 11
http://theatredor.free.fr
http://myspace.com/cecileduval
Dieu : le meilleur personnage je crois que c’est moi-même
Dieu : je suis comme tout le monde
Dieu : une personne comme les autres, ni meilleure, ni pire
Dieu : je suis moi
Dieu : y a pas cinquante moi, y en a qu’un
Dieu : y a qu’un moi et c’est moi
Dieu : c’est un moi comme tout le monde
Dieu : tout le monde à son moi
Dieu : son caractère
Dieu : tous les personnages ont leurs défauts
Dieu : on a une partie de nous-même que les autres personnages n’aiment pas
Dieu : une partie pas pire qu’une autre pourtant
Dieu : on est nous
Dieu : on vit notre vie
Dieu : on essaye de faire pas pire
Dieu : on fait au mieux sans plus
Dieu : parfois on va trop vite, alors on nous met des tendeurs
Dieu : on va nous mettre des tendeurs si ça continue !
Dieu : tout le monde en a des défauts, tous les personnages
Dieu : l’autre jour c’était la saint parfait, eh bien c’était pas ma fête !
Dieu : j’étais pas dans l’bon sens de la marche, fallait faire demi tour, machine arrière toute, et en vitesse !
Dieu : on a déjà assez d’ennemis comme ça ! qu’ils prennent leur disposition maintenant et tout ira pour le mieux, dans le meilleur des mondes !
Dieu : si c’est mon histoire à moi, y en a qui vont tomber dans des trous, j’vous le dis !
Dieu : mais je suis pas une histoire à moi tout seul,
Dieu : j’aime bien rester moi-même, c’est tout
Dieu : moi c’est moi, entre parenthèse
Dieu : je vais finir par m’inventer un autre personnage, mais j’ai déjà le mien, sinon on finit par se mélanger soi-même
Dieu : on discute entre nous
Dieu : la conversation s’engage
Dieu : mais on ne sait plus qui parle
Dieu : il est temps de fermer la boutique
Dieu : de mettre sous clef l’ bonhomme
Dieu : c’est l’avarie des machines
Dieu : faut quitter le bâtiment, car on n’est plus le seul maître à bord !
Dieu dans le bâtiment :
la vie du bâtiment c’est pas rempli d’anecdote, on prend à telle heure on finit à telle heure on va manger, on reprend à telle heure, on finit à telle heure, c’est ça l’histoire, c’est toute l’histoire du bâtiment !
les saints témoignent
Avec l’autre c’est pas la joie. Il est mal vu celui là. Il fait rien pour les autres. J’espère qu’il repassera pas. Il se peut qu’il repasse. S’il repasse tant pis pour nous. Il est comme il est, après tout. Il en favorise certains, il laisse tomber les autres. C’est l’pire qu’on ait eu. Parmi tous les autres. Les autres pas mieux. Peut-être pas pire. Mais lui dans le pire on fait pas mieux. C’est sûr c’est pas la joie avec lui. C’est un autre ça serait pareil. Ou à peine mieux. C’est à voir. Y en a p’tête d’autres. D’autres, des pires. Mais j’ai pas en mémoire. Lui il veut en finir. Je veux dire l’autre. Il veut finir d'en rester là. Ou alors c'est nous. Nous on veut continuer à ne pas en tenir compte. Mais c’est lui qui ne tient pas compte de nous. Et ça serait à nous de tenir les comptes. Ce sont des comptes d'apothicaire dit l’autre. Mais c'est lui qui les relance. Il nous lance la balle au mot. On tient même plus compte de ce qu'il dit. C'est tout à l'envers. Ça ne nous dit plus rien. C'est lui qui nous en dit le plus. Le plus à nous en dire rien. C’est lui, je veux dire l’autre. Et c'est nous qui croyons qu'on nous en dira un peu plus. Mais lui, il nous met dans une belle panade. C'est nous qui croyons être dedans, alors que c'est lui qui nous y fait intervenir. On intervient dans sa panade. C’est juste ça. On croit qu'on va finir par s'en sortir. Mais c’est l’autre qui nous en croit sortis. On ne va pas s'en sortir.



AVEC ENTRE AUTRES
EDITH AZAM
ANTOINE BOUTE
CECILE RICHARD
QUENTIN FAUCOMPRE
PAKITO BOLINO
LES AMIS DE LA PLATEFORME
ET DE ROCK'N'ROLL CHARITY HOSPITAL
LES GENS DE DUNKERQUE
AVEC DES PERFS DE SERIGRAPHIE
DES MICROS DANS TOUS LES COINS POUR PARLER
DES GUITARES
DES BATTERIES
DES MOTS SUR LES MURS ET LES FENETRES
DES DESSINS DE TOUT LE MONDE EN TRES GROS
DES BELLES AFFICHENT SUR LES MURS DE LA VILLE
DES LECTURES
DES PERFS EMOTIONNELLES
LA REVUE (ON L'ESPERE !!!!!!!!!! IL NE FAUT JAMAIS DESESPERER !!!!)
DES BIERES...
"L’article Rénovation de la VP posté par Sébastien Smirou dans « L’Atelier » du site POL paraphrase l’article publié par Jacques Roubaud dans « LE MONDE diplomatique » de Janvier dernier. Il en accentue certains angles polémiques et gomme aventureusement quelques nuances. Mais, en gros, c’est le même point de vue — et sans doute le même objectif. J’appellerai donc, désormais, l’auteur de cette intervention globale : Smiroubaud..."

La città è un buco.
La città è un buco e suoi abitanti respirano. La città è un buco e vi si respira dentro. I suoi vicini sono dentro, sono nel buco. I suoi vicini, i suoi abitanti uomini e donne, tutti vi respirano, tutte le persone dentro, nel buco. La città è un buco e le persone che leggono, leggono tutti. Tutti vorrebbero leggere. Tutti lo vogliono, tutti a un certo punto desiderano. Tutti desidererebbero parlare. La città è un buco, tutti al suo interno. Tutti i vicini con il giornale. Il giornale è un buco, poiché il buco è là tutti i giorni. É nella città. La città è un buco, la città respira, i suoi vicini pronunciano delle parole. Gli piacerebbe parlare. I vicini parlano, hanno voglia di fare conversazione, di creare dei legami. Tutta la città è un buco ha legami. Tutta la città è un buco. Il legame forma il mondo. Il mondo è aggregante, è un collante, è una salsa. Il buco funziona. I giornali sono stampati il giorno prima. I giornali sono per il giorno dopo, o per il giorno stesso. Il giorno stesso è un buco. Il giorno prima del giorno dopo. Tutto è un buco. Ma la città è un buco. E i suoi vicini ci dormono dentro. I suoi vicini sognano. Sognano di cascare, sognano di cadere, ma non si fanno troppo male. Si rialzano. La città è un buco. Le persone si rialzano. Si svegliano. Sono nel buco, ma va tutto bene, il giornale è stampato il giorno prima per il giorno dopo. Nel mezzo c'è il quotidiano. Fra i due, i vicini hanno la scelta, possono dormire o cadere. E quando dormono, cadono sempre. La città è un buco dove cadere.
La città è con i suoi abitanti e respira. É tutto dentro. Respira. É un buco, è un buco che c'è in tutti gli abitanti. Vogliono tutti parlare. Vogliono tutti avere un linguaggio. Vengono a comprare il giornale. Il giornale è un buco per gli abitanti delle città. La città è un buco. Il buco funziona. I vicini continuano a dormire. I vicini hanno comprato una macchina. O è un motorino. O è un camper. Vanno nella loro “tenutina”. Il loro buchino fuori città. Ma la città è un buco. Ci vanno col camper, hanno comprato anche una moto. Distruggono gli alberi. Non gli piacciono gli alberi con i frutti dentro. Gli alberi con i fiori. Non gli piace tutto ciò. Gli piace il prato. Hanno un bel prato pulito e sorridono mettendo le mani sulle anche.
La città è un buco. I vicini hanno messo le mani sulle anche. I vicini hanno messo il linoleum. I vicini hanno messo le lastre. I vicini hanno i doppi vetri. E poi hanno fatto dei buchi. Hanno messo dei buchi dappertutto. E poi un giorno il vicino si rompe il muso. E in città si sa cosa vuol dire, lo si legge sui giornali. Si legge che un vicino si è rotto il muso. Vuol dire che era in moto in città, è arrivato in centro. La città è un buco ed è scivolato. Lo si legge sui giornali. O altrove. Lo si legge in città, o altrove sui giornali. O allora, lo si legge altrove. Non sui giornali, ma altrove. I giornali sono un buco, idem gli abitanti, idem il loro pensiero. E anche altrove. Altrove è un buco. Hanno un unico pensiero. É il pensiero degli abitanti del buco, di qualsiasi buco. Il buco di un altrove o il buco di qui. Hanno un unico pensiero, e vi si puliscono dentro. Un giorno, il vicino è scivolato con la moto, o forse è sua figlia. Monta, la figlia sulla moto. É una bambina piccola. E per scherzare la monta sulla moto, e mette in moto, per scherzare. E la moto la schiaccia. É così in città. Perché la città un buco, e i suoi abitanti sono dentro. E si scherza. Ed è così.
TRADUCTION : Barbara Puggelli